Invitation à l'expérience

« Être là ». Les notions de présence, de pleine conscience, de bienveillance, de non-jugement, abondent aujourd’hui dans une littérature qui souligne l’importance de rétablir ces qualités dans nos activités et nos vies. Cette littérature témoigne d’une prise de conscience, qui émerge un peu partout, de l’urgence de ce besoin.

 

Intimement convaincus que cela correspond à une nécessité, voire un appel, que beaucoup d’entre nous éprouvent, nous nous sommes engagés depuis 2011 dans un partage d’expérience avec des musiciens, des comédiens, des enseignants.  Nous invitons les participants à nos ateliers, séminaires et formations, à explorer ce que peuvent susciter et éveiller en nous ces notions. Notre propos est de découvrir comment elles peuvent être expérimentées et intégrées au cœur de nos pratiques artistiques. Et de nous laisser surprendre alors par ce qui peut en émerger.

 

Dans les grandes lignes, d’une façon très schématique, nous pourrions distinguer deux modes principaux dans la manière de jouer et d’enseigner la musique et le théâtre. Ces modes supposent évidemment des variantes et interconnexions à l’infini.

 

Dans l’enseignement :

Le premier mode considère plutôt le manque chez l’apprenant, à qui il faut inculquer, entre autres, un savoir et des techniques afin qu’il progresse. Cette façon de voir l’élève le confirme dans son insuffisance, et il aura toujours l’impression qu’il lui manque quelque chose pour satisfaire les attentes de son enseignant. Cela génère du stress, de l’auto-jugement, de la rivalité avec les pairs etc.

 

Le second mode révèle, par un certain regard, ce qui est déjà là chez celui qui apprend, quel que soit son niveau, et en accompagne la croissance en lui donnant ce qui est nécessaire pour que sa compétence se développe. Il reste le premier acteur de son apprentissage, les enseignants et ses pairs étant bien sûr des partenaires indispensables à son enrichissement. 

 

Dans le jeu :

Le premier mode découle souvent d’un enseignement ayant surtout considéré le manque. Il est dominé par l’envie de réussir (et la crainte de ne pas y arriver), par le contrôle, le jugement, la peur de décevoir, le besoin de récompense. Et plutôt que l’écoute d’un sentiment intime d’adéquation avec ce que l’on joue, il y a plutôt recherche d’une approbation extérieure.

 

Le second mode est porté par le désir d’être là,  et la joie de partager l’émotion. Ce qui rendra cela possible, c’est, entre autres, de prendre soin des liens, avec soi, les partenaires et le public. Dans ce contexte de partage et de bienveillance, l’obligation de résultat, la peur de la faute, le besoin d’approbation n’ont plus de sens. Et c’est alors un paradoxe de constater que cet abandon des jugements ne nous éloigne pas de la qualité, bien au contraire. (voir témoignages).

 

De notre côté, nous inscrivons clairement nos pratiques dans ce second mode. Dans nos accompagnements, nous veillons à établir une qualité de la relation, par un regard éthique et un non-jugement inconditionnel. Cela permet un éveil de l’attention et de la conscience. Notre expérience nous montre que lorsque l’on crée ce contexte, il y a toujours émergence de quelque chose d’authentique qui se montre de l’être. Notre souhait est de permettre que chacun devienne peu à peu autonome dans sa capacité à établir ce contexte. C’est le cheminement que nous proposons aux participants à nos différentes formations.